Les Chroniques plurielles et populaires

Sale temps pour la critique de spectacle professionnelle qui voit son lectorat papier s'effondrer, et ne le retrouve pas sur Internet. Les renvois d'ascenseurs, les conflits d'intérêts, les compromissions avec l'industrie du divertissement nourrisent un dénigrement à son égard qui se généralise. Sans compter que l'on peut légitimement s'interroger sur l'autorité morale du critique. En quoi une parole masculine, urbaine et plus ou moins âgée de CSP+ est-elle représentative de la société d'aujourd'hui ?

______________________________

Face à ce monde désuet, cadenassé dans son entre-soi, il est plus que temps de repenser l'exercice. Comment dépasser cette confiscation et sortir la critique de son ghetto pour une appropriation la plus large possible des créations, plutôt que de fournir des éléments de prêt à penser et d'autosatisfaction à une élite autoproclamée.? Comment en refaire un exercice collectif de lecture du monde à travers celle des propositions d'artistes ? Si l'on pense les œuvres comme un regard critique sur le monde, une critique vivace de l’œuvre n'est-elle pas un excellent exercice de critique démocratique ? Il faut donc que les spectateurs "lambda" s'en emparent et la produise.

C'est dans cette perspective que je me suis intéressé aux Chroniques plurielles et populaires, un travail en équipe initié par l'auteure-compositrice-interprète Flavia Perez avec des personnes de tous milieux et de tous âges : actifs, chômeurs, retraités...et, pour 90% d'entre eux, des non-spécialistes du spectacle.

C'est une démarche très construite. Munis d'une grille d'analyse crée en commun, plus guidante que contraignante, les groupes se rendent sur un spectacle avec un objectif : être le plus "natif" possible afin de transmettre aux lectorat les sensations, émotions et réflexions inspirées par le spectacle. Donc, pas de repérages, de contacts avec les équipes au préalables. Et pas d'échanges à la fin de la représentation, pour préserver les jugements individuels des influences à postériori. Dans les jours qui suivent, chacun rédige de son côté sa chronique. Suite à cela l'animatrice agence l'article final en mettant en valeur la pluralité des avis, pour donner l'envie d'aller se faire une opinion par soi-même.

Ces brigades de chroniqueurs, implantées dans le sud-est, existent depuis 2015 et se développent tant la formule semble intéresser. La production d'articles collectifs exprimant la pluralité des avis nourrit la dynamique de groupe et, incidemment, ce travail participe à mettre en lumière des compagnies qui n'ont pas les honneurs de la presse spécialisée.

Au vu de l'intérêt du projet, nous avons décidé de contribuer à son développement en publiant régulièrement le fruit de ce travail. Travail précaire puisque, hormis la DRAC de sa Région qui a été fidèle à sa parole, des collectivités territoriales diverses ont crû bon de se désengager de l'essentiel de leur promesse de financement une fois le travail accompli. C'est hélas un fonctionnement de plus en plus récurent : confrontés à la double injonction de maintenir une activité visible pour le public (voire productive électoralement parlant) avec des budgets en réduction constante, nombres de décideurs culturels n'hésite plus à utiliser la stratégie de la promesse non tenue...

post it Notedelaredaction120pxCette note a été réalisée à partir du dossier fourni par Flavia Perez, rencontrée l'année dernière lors d'un concert, et de quelques entretiens téléphoniques. Ces chroniques sont publiées depuis leur origine par notre confrère VivantMag. Et si vous souhaitez (ce que je vous recommande !) mieux connaitre Flavia, actrice-compositrice interprète, sa guitare à 7 cordes et ses créations, je vous recommande par exemple son dernier projet, "Le chant de coq Licot" et son site en général. Je vous recommande surtout d'aller la voir et l'entendre : vous comprendrez pourquoi on a pu la retrouver en première partie de Gilbert Lafaille, de Flow ou d'Anne Sylvestre par exemple, Anne Sylvestre avec qui elle a d'ailleurs créé un spectacle en 2015.
artsdelascene, en respect de ses valeurs, utilise des cookies uniquement à des fins statistiques et non publicitaires.